Vape et/ou substituts : un essai pilote encourageant pour l’arrêt tabagique des défavorisés en France

Centrer l’approche de l’arrêt tabagique sur la préférence des concernés. L’étude-pilote STOP, pour Sevrage Tabagique à l’aide d’Outils dédiés selon la Préférence, est en l’état une petite étude préliminaire portant sur une tentative d’arrêter de fumer de 49 personnes en situation défavorisée. Effectuée entre juin 2018 et juillet 2019, l’étude pilote, conçue par des chercheuses de l’INSERM, visait à évaluer la viabilité de l’approche basée sur la décision partagée pour le choix d’une aide à l’arrêt pour des fumeurs en situation précaire. Et « si les résultats préliminaires de cessation de fumer sont suffisamment encourageants pour justifier un essai contrôlé randomisé ». Les résultats, qui viennent d’être publiés en accès libre dans la revue Addiction Science & Clinical Practice, semblent prometteurs.

Des résultats encourageants

Après 6 à 10 semaines, 28 % des participants initiaux avaient arrêté de fumer et plus de 18 % avaient réduit leur consommation de cigarettes de moitié (de plus de 20 cigs/j à 10 en moyenne). Seuls 2 % déclaraient fumer autant qu’au début de l’essai. Cependant, l’attrition est forte avec 51 % de perdus de vue au cours de l’étude. « Même en supposant que les participants qui ont été perdus de vue n’ont pas réussi à arrêter de fumer, ces résultats sont très prometteurs », estime l’équipe de chercheuses menée par Mégane Héron et Fabienne El-Khoury Lesueur.

Les résultats publiés ne détaillent pas la part de réussite selon l’option choisie entre substituts, vape ou les deux combinés. Cependant, 71 % des fumeurs ayant commencé l’étude ont opté soit pour la vape seule (29 %) ou les deux types d’aide combinés (42 %), tandis que 29 % ont choisi un ou des substituts nicotiniques de pharmacie.

La recherche financée par l’Institut National du Cancer (INCa) a offert le choix entre divers substituts nicotiniques (NRT), une vape ou de combiner les deux aides. Les aides proposées aux fumeurs :

  • patchs, gommes, sprays, inhalateurs, comprimés ou pastilles nicotiniques
  • vape endura T20 avec des e-liquides en 6, 12, 16 mg/ml de nicotine dans les saveurs fruits, menthol ou tabac

Un programme ciblé pour les aider les défavorisés à arrêter de fumer

L’étude-pilote s’est déroulée dans six centres de la région parisienne. Seuls des fumeurs ayant droit à une aide sociale pouvaient participer. Les défavorisés sont à la fois en proportion plus nombreux à fumer et subissent plus d’échecs lors de leurs tentatives d’arrêt. « Même si les fumeurs ayant un faible niveau socio-économique sont intéressés à cesser de fumer et sont autant en proportion à tenter d’arrêter de fumer que les autres fumeurs, ils ont moins de chances de réussir. Par conséquent, des interventions “ciblées”, conçues et destinées aux fumeurs dans une situation socio-économique faible, sont nécessaires afin de réduire les inégalités en matière de santé », expliquent les chercheuses.

Alors que les fumeurs défavorisés ont généralement un niveau de dépendance à la nicotine plus élevé que les autres fumeurs, la barrière du coût des aides à l’arrêt tabagique se pose. « Payer d’avance pour un kit de cigarette électronique (environ 50 à 80 €), ou de sa poche pour une partie du prix de substituts pourrait entraver les tentatives d’abandon du tabac chez les fumeurs ayant des difficultés financières », soulignent les auteures.

« J’ai participé à cette étude uniquement pour obtenir une vape gratuite. Avant l’étude, je fumais 10 cigarettes à rouler par jour. J’ai essayé à plusieurs reprises d’arrêter de fumer en utilisant des substituts. J’ai tout testé, mais rien n’avait fonctionné pour moi. Je n’ai jamais pu arrêter de fumer malgré mes tentatives. Sans cette étude, je n’aurais jamais pu essayer la vape parce que je n’ai pas le budget pour en acheter une. J’ai arrêté de fumer depuis 3 ou 4 mois maintenant. Je vapote tous les jours actuellement. Je n’ai qu’une crainte en ce moment, qu’elle se casse parce que je n’aurais pas les moyens d’en acheter une autre. C’est pourquoi j’y fais très attention. Je trouve que la vape est un bon substitut aux cigarettes. Je suis contente d’avoir pu retrouver mon goût et l’odorat, et je me sens beaucoup mieux physiquement », témoigne une participante à l’étude pilote STOP [ma traduction depuis l’anglais].

Coût et peur de la nicotine entravent les arrêts

Interrogés, les professionnels de santé participants à l’étude pilote confirment l’obstacle du coût des aides ainsi que des fausses croyances contre les substituts nicotiniques et la vape chez leurs patients.

Également questionnés sur le vapotage, les 17 professionnels, dont 3 médecins généralistes, 11 addictologues, un psychologue, un psychiatre et une infirmière, sont une majorité à ne pas accorder de crédit à la théorie rabâchée de l’effet passerelle. Étonnamment, une majorité semble ne pas connaître la réglementation sur les e-liquides. L’échantillon étant d’un faible nombre, les pourcentages des réponses ne constituent qu’une indication.

Bientôt une étude randomisée de plus grande ampleur ?

En s’appuyant sur cette étude préliminaire, les chercheuses ont apporté des corrections à leur démarche dans la perspective d’une étude randomisée à plus large échelle. Des mesures pour limiter l’attrition des participants sont notamment envisagées, ainsi qu’une réduction du questionnaire, trop long pour être complété par certains participants. « Malgré les difficultés à recruter un grand nombre de patients et la perte de suivi, les résultats de ce projet pilote sont encourageants. Environ 1 fumeur à faible niveau socio-économique sur 4 recruté a cessé de fumer un mois après l’inclusion, et l’intervention basée sur les préférences s’est avérée acceptable pour les participants et les professionnels de santé », concluent les chercheuses.

[add] L’étude STOP a a été approuvée par le Comité d’examen institutionnel « Île de France II » le 8 septembre 2020. Son protocole a été publié sur BMJ Open. Elle vise a enrôler un peu plus de 500 participants, qui seront ‘randomisés’ entre un groupe d’intervention et un groupe témoin dans 15 centres depuis ce mois de mars. Les participants seront suivi durant 6 mois pour évaluer notamment le succès de l’arrêt. La publication des résultats est espérée d’ici 2024.[/]

Héron, M., Le Faou, AL., Ibanez, G. et al. Smoking cessation using preference-based tools: a mixed method pilot study of a novel intervention among smokers with low socioeconomic position. Addict Sci Clin Pract 16, 43 (2021). https://doi.org/10.1186/s13722-021-00254-6

Protocole de la future étude STOP: El-Khoury F, El Aarbaoui T, Héron M, et alSmoking cessation using preference-based tools among socially disadvantaged smokers: study protocol for a pragmatic, multicentre randomised controlled trialBMJ Open 2021;11:e048859. doi: 10.1136/bmjopen-2021-048859

Clinical Trial: https://clinicaltrials.gov/ct2/show/NCT04654585

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