Le vapotage invente l’arrêt bienveillant pour prévenir la rechute tabagique

avant la rechute, ça faisait mal…

« Avant, un petit écart entraînait presque toujours une rechute totale dans le tabagisme, et les gens se sentaient en échec d’avoir trébuché. Mais ça, c’était avant que les gens ne commencent à passer au vapotage », explique la Dr Caitlin Notley, de l’Université d’East Anglia, au site Eurekalert. Son enquête, menée avec Emma Ward, la Pr Lynne Dawkins, le Pr Richard Holland et Sarah Jakes, Présidente de la New Nicotine Alliance (NNA), ouvre le champ d’une approche compréhensive de l’arrêt tabagique.

Nourrie d’entretiens auprès de 40 vapoteurs, l’étude publiée dans la Drug and Alcohol Review en accès libre explore comment les vapoteurs vivent les moments de rechute après avoir arrêté de fumer. « L’analyse révèle que fumer est perçu de manière différente lors d’arrêt avec le vapotage que lors d’autres tentatives précédentes. Avoir l’option agréable de vapoter signifie qu’un retour complet au tabac n’est pas inévitable », soulignent les auteurs.

Quitter le carcan du dogme de l’aliénation

Pour approcher le thème, les chercheurs se sont penchés sur les significations de ce qu’est une rechute, selon l’approche orthodoxe et en contraste celle des protagonistes vapoteurs. Du côté des traités théoriques, « la rechute peut être définie comme un incident ponctuel (une seule «bouffée») ou un certain nombre de cigarettes fumées ». Ces approches quantifient le tabagisme et énoncent un ensemble de facteurs de risques pour créer une armature médicale. 

rechute tabagique médicalisée

« Cette approche médicalisée suppose l’usage du tabac comme une déficience, positionnant l’individu comme être potentiellement vulnérable à la dépendance ». En réponse à un échec ou une rechute, le patient se voit proposer « un «traitement» pour sa dépendance ».

Ce paradigme conçoit le fumeur ou la personne en rechute comme un être perverti, possédé, rendu étranger à lui-même en proie à la compulsion. « La compréhension théorique de la rechute du tabagisme est sous-développée et bénéficierait d’une mise à jour », estime l’équipe britannique.

Ouvrir le champ des possibles

En contraste de l’orthodoxie médicalisée, l’étude menée à travers des entretiens ambitionne de renouveler la compréhension du phénomène en partant du vécu des personnes. « Une approche qualitative était particulièrement appropriée dans ce contexte, où la théorie existante est dépassée » devant l’essor du vapotage, précisent les chercheurs. Une bonne partie des vapoteurs déclarent ne pas se permettre de fumer la moindre cigarette.

Mais près de la moitié des personnes interrogées ont expliqué avoir eu au moins un épisode de rechute tabagique. Souvent en contexte de sociabilité. « Même maintenant, je sors encore et je fume au pub », témoigne un des participants. Les défaillances du matériel est une autre situation piégeuse. Justifiables par les circonstances, ces écarts peuvent être circonscrits à de simples erreurs ponctuelles par la personne afin de préserver l’estime de soi.

Les cas de défis d’ex-fumeurs

Une série de cas paraissent nouveaux aux chercheurs: ceux où les protagonistes ont volontairement fumer « pour voir ce qu’il en est ». « J’étais très confiant, alors je ne me sentais pas du tout en danger de rechuter. Je pense que cela fait partie de ce qu’il en est vraiment, c’était une sorte de case à cocher pour dire ‘oui, ce n’est pas un problème’ « , explique un participant.

Malgré cette défiance à l’ancien tabagisme, plusieurs témoignages rapportent avoir senti un malaise moral, mais aussi un dégoût physique après avoir fumé. « J’ai parfois pris des cigarettes durant ces trois dernières années et ce sont les choses les plus dégoûtantes, absolument horribles. Tu sais, j’ai fumé parfois une cigarette juste par curiosité »

L’éclosion du plaisir

Ces sortes de tests de résolution s’appuient sur une balance des plaisirs épanouis au fil du temps. « Je fumais une cigarette avec un verre, la vape ne semblait pas suffire. Mais cela a changé progressivement. Maintenant je peux sortir et vapoter toute la nuit », rapporte un protagoniste. Tandis qu’un autre explique avoir compris toute la richesse de la palette des arômes après avoir été obsédé par la recherche du goût tabac à ses débuts.

L’arrêt par inadvertance

Cette conversion de mode de consommation se déroule, au moins parfois, en l’absence de pression disciplinaire. « C’est arrivé peu à peu, ce n’était pas un effort conscient, c’était par effet secondaire du vapotage que j’ai arrêté de fumer, car je n’avais pas prévu d’arrêter, c’est juste arrivé », déclare un vapoteur.

Dans ce contexte, les chercheurs suggèrent que l’utilisation conjointe de cigarette et de vapotage « peut être comprise moins comme un phénomène de dépendance physique que comme un changement d’identité sociale ». Des situations de transition, estiment les chercheurs. « Nous avons définies ces personnes comme des ‘sliders’ vers l’abstinence du tabagisme plutôt que des ‘switchers’. Cependant, d’autres membres de notre échantillon se sont considérés très fermement comme des ‘vapoteurs’ « .

Sortir de l’échec programmé: le droit de trébucher

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Au-delà des différents types, les chercheurs soulignent « les aspects spécifiques au vapotage, tels que l’odeur, le plaisir sensoriel d’inhaler des vapeurs et l’action du vapotage », agissant en protection contre les rechutes. « Dans les pays où les politiques l’autorisent, le vapotage est une alternative au tabagisme viable et même préférable pour beaucoup, ce qui permet de minimiser le sentiment d’échec lors de rechutes ponctuelles », appuient-ils pour inviter à sortir du cercle vicieux de l’échec induit.

« Le concept « d’erreur permise » [lapse permissive] implique une démarche « hors pression » pour pardonner « l’écart » occasionnel. Cela peut réduire la pression qui contraint progressivement les personnes à maintenir l’abstinence de fumer », oppose l’équipe de recherche à la classique rechute complète aspirée par le sentiment d’échec et la déchéance de l’estime de soi. « Une erreur permise permet de petits écarts, ce qui crée probablement moins de dissonance cognitive et signifie qu’une rechute totale n’est pas inévitable ».

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