[Bref] Après Bâle, les évangélistes anti-vapes s’attaquent au canton de Berne

La coalition des baptistes et des dealers contre la réduction des risques

Après Bâle la semaine dernière, ce sont les parlementaires du Grand Conseil du canton de Berne qui viennent de voter une motion des évangélistes pour demander à leur Conseil d’Etat « d’assimiler le vapotage au tabagisme » et prendre des mesures de restrictions et d’interdictions, selon le journal Bund. Comme pour d’autres cantons, les médias présentent le prétexte de la protection des jeunes pour justifier le vote. En réalité, l’objectif du lobby puritain est de rendre impossible aux médecins, tabacologues, addictologues et aux groupes d’entraide autogérés de pouvoir utiliser le vapotage comme outil de réduction des risques pour l’arrêt tabagique.

La reconquista puritaine

Le motionnaire Ruedi Löffel, du Parti Évangélique Populaire, pense que ses exigences peuvent être très rapidement mises en oeuvre par ordonnance, explique t-il à la radio SRF-1. Les détails de la motion ne sont pas accessibles actuellement. Des motions anti-vape ont aussi été déposées dans les deux cantons de Bâle et à Zurich, où le Conseil d’Etat s’est cependant prononcé la semaine dernière contre la mise en place d’une législation prématurée pour assimiler l’outil de réduction des risques au tabagisme.

Côté romand, un projet de loi du Conseil d’Etat genevois vise à assimiler le vapotage au tabagisme, et ainsi éliminer à la fois la scène de la vape indépendante et son usage dans l’aide à l’arrêt tabagique. Dans le canton de Vaud, une motion similaire a été transformé en postulat, laissant au Conseil d’Etat plus de latitude pour apprécier la situation. Au Valais, une modification de loi a interdit la vente de « cigarette-électronique » aux mineurs, sans assimiler le vapotage au tabagisme.

L’objectif est de rendre impossible l’arrêt tabagique à l’aide du vapotage

L’assimilation du vapotage au tabagisme interdirait de manière pratique, et très probablement au niveau juridique, la possibilité pour les organismes d’aide au sevrage tabagique, qu’ils soient officiels ou autogérés, de pouvoir utiliser le vapotage comme outil. Le positionnement de Ruedi Löffel dans le paysage du domaine, membre de la Croix-Bleue bernoise, éclaire le véritable objectif masqué du camp puritain contre les approches de réduction des risques dans le champ.

Alors qu’une très large majorité des responsables de santé de cantons et des villes sont en faveur d’intégrer la réduction des risques face au tabagisme, le coup de force concerté dans différents cantons du lobby puritain tente de prendre de vitesse et tuer dans l’œuf le développement d’aides à l’arrêt tabagique.

La coalition pour maintenir de force le tabagisme

En Suisse, 61% des deux millions de fumeurs déclarent espérer arrêter de fumer. Aucune aide sérieuse ne leur est proposée hors abstinence et Champix. Les liquides nicotinés étaient interdits de vente par l’administration fédérale durant neuf ans. Le Tribunal administratif fédéral a abrogé cette prohibition illégale en avril dernier.  Cette politique a permis de maintenir le tabagisme depuis dix ans à plus de 27%, générant des milliards de coûts pour la population, empochés par les industries de la pharmaceutique, du tabac et le Département de l’intérieur.

Pour sa part, le Fonds national de prévention du tabagisme gagne environ 14 millions Fs par an au prorata des ventes de cigarettes. Il avait tenté d’empêcher une étude sur un produit de Philip Morris en bloquant son financement. Etude qui a finalement été publiée au grand dam du cigarettier vaudois.

Le droit d’éviter de fumer attaqué de nouveau

La coalition des cigarettiers et de certains soi-disant « anti-tabac » en Suisse n’est pas chose nouvelle. En 1991, Peter Hess, du parti Démocrate-Chrétien, a fait interdire le snus, produit à risque réduit, avec le soutien des organisations anti-tabac. Il s’est révélé par la suite que le parlementaire siégeait en secret à l’administration d’une filiale de British American Tobacco (BAT).

A l’opposé de l’approche conservatrice protégeant de fait la vente unique de cigarettes, des voix s’élèvent pour soutenir le droit de choisir des produits à risque réduit en Suisse. La Fédération des professionnels socio-sanitaires du domaine des addictions a crevé le mur de silence l’an passé en prenant position pour « changer la politique tabac ». Nul besoin de grande connaissance politique pour comprendre que l’offensive actuelle des conservateurs visent à saboter ce mouvement d’aide aux fumeurs à se sortir du tabagisme. 

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